Guérir les mots blessés (18)
LE RETOUR DES CENDRES
Il y a cendres et cendres ! Généralement, ce mot désigne un résidu de combustion.
Le défunt incinéré, par exemple, est réduit à un petit tas de cendres contenues dans l’urne remise à sa famille mais ce mot est parfois utilisé dans d’autres sens.
En 1840, l’Angleterre a consenti à restituer à la France la dépouille mortelle de Napoléon mort près de vingt ans plus tôt à Sainte-Hélène, possession britannique. Ce transfert est connu sous le nom de ‘’Retour des cendres’’ lesquelles sont parvenues à Paris le 15 décembre 1840.
Cent ans plus tard, Hitler, dont les hordes nazies avaient envahi la France, proposa au gouvernement de Vichy le ‘’retour des cendres’’ de l’Aiglon mort à Schönbrunn, banlieue de Vienne, en Autriche, en 1832. Un rapatriement qui ne coûtait rien au Führer puisque l’Autriche avait été annexée par l’Allemagne depuis l’Anschlüss du 15 mars 1938 mais il espérait se concilier ainsi les bonnes grâces du peuple français !
Cent ans, jour pour jour, après le retour des cendres de Napoléon, la dépouille mortelle de l’Aiglon rejoignit celle de son père sous le dôme des Invalides le 15 décembre 1940.
Un événement connu sous l’appellation ‘’retour des cendres de l’Aiglon’’ même si, pas plus que Napoléon Ier Napoléon II n’avait été incinéré. Leurs cendres définissent leurs restes.
On utilise aussi ce terme au sens figuré dans l’expression ‘’renaître de ses cendres’’ qui veut dire : ‘’revivre, se ranimer’’(Le Robert) ce qui ne peut évidemment pas concerner un défunt carbonisé.
Voilà quelques propos funèbres. Je vous promets d’être un peu moins macabre dans mon prochain article… Jean-Pierre Silvestre