Blog en pause du 3 au 15 septembre.
Attention cet article est très long, mais ce sera le seul que je publierai d'ici mon retour, vous avez donc tout le temps de le découvrir...
Cher(e)s ami(e)s de La mansarde, après mon été chaotique , voici venu le temps du repos.
Je pars dans les Hautes Pyrénées, au bon air pur, pour tenter de donner un petit coup de pouce à une improbable guérison. Le spectre de l'épidémie qui se profile, pèse sur mes épaules comme une "épée de Damoclès" mais j'ose espérer que le séjour à la montagne m'accordera peut-être un petit sursis.
Cependant restons positifs. Après avoir renoncé à l'Andalousie me voilà contrainte pour les raisons évoquées plus haut, de passer mes congés en altitude...
Si j'ai choisi de joindre l'utile à l'agréable et de poser mes valises à Cauterêts, ce n'est pas le fruit du hasard...
En effet cette petite ville au charme désuet a pris son essort au XIXè siècle, quand les grands romantiques du moment Victor Hugo, George Sand ou encore Chateaubriand se prirent de passion pour l'endroit. Et puis c'est là que se déroula la rencontre unique et mythique entre Chateaubriand et l'Occitanienne.
Je vais donc humblement diriger mes pas dans les traces de tous ces personnages qui me font tant rêver.
Les lieux sont paraît-il magnifiques avec de nombreuses cascades, un lac des plus romantique et plus de 100 kms de ballades à pied.
Je vous dis à bientôt, vous allez me manquer!
Ci-dessous un petit florilège de textes sur Cauterêts écrits par les grands romantique de la période Restauration, l'une des plus foisonnante et prolifique en matière d'idées et d'art ...
Commençons avec ma chère George :
"Le 5 juillet 1825, c’était mon anniversaire. J’avais vingt-et-un an. Ce jour là nous partîmes pour le midi. Nous étions cinq dans la chaise de poste, Casimir et moi, Maurice, notre fils, avec Fanchon sa nourrice et Vincent, notre valet...
Casimir était de méchante humeur et j’étais assez mécontente de la vie. En outre, j’étais malade, moins pourtant que je le paraissais. J’avais une toux opiniâtre, des battements de cœur fréquents, des migraines et quelques symptômes de phtisie. Mais j’ai été souvent reprise de ce mal qui s’est toujours dissipé de lui-même, et que j’ai dû attribuer à un état nerveux...
" On nous avait recommandé à l’époque d’aller prendre les eaux à Cauterets, petite ville thermale des Pyrénées. Nous roulions sur une route poudreuse à travers le Berry, le Périgord vers Tarbes. Enfin nous étions rentrés dans le magnifique amphithéâtre de montagnes blanches. La surprise et l’admiration m’ont saisie jusqu'à l’étouffement. J’ai toujours rêvé des hautes montagnes et j’éprouvais une très grande émotion en regardant la hauteur de ces masses qui touchent les nuages et la variété des adorables détails qu’elles présentent... La route suit le gave en remontant son cours jusqu'à Cauterets. C’est en quittant Pierrefitte, c’est en gravissant une montagne inouïe de rapidité pour les chevaux attelés, c’est en entendant mugir le torrent dans toute sa fureur, que l’âme se resserre et qu’un sentiment d’effroi insurmontable vient glacer mon cœur. Là, le jour devient bleuâtre, de noires montagnes de marbre et d’ardoise où se traîne une sombre bruyère et des arbres nains resserrent le ciel. La route serpente aux flancs d’une gorge, aux parois d’un abîme. Les blocs se penchent et surplombent. Le précipice se creuse, le gave s’enfonce et gronde, tantôt complètement disparu, sous une masse de sauvage et splendide végétation, tantôt écumeux, blanc comme neige dans les murailles arides qui le pressent ou parmi les rochers qui l’encombrent. Ailleurs, il se rapproche, il s’apaise, il devient limpide et blanc comme le ciel. Des tilleuls à petites feuilles couverts de fleurs, croissent sur les rives et apportent aux voyageurs leurs têtes parfumées au niveau du chemin. Tout cela m’a paru horrible et délicieux en même temps. J’avais peur, une peur inouïe et sans cause, une peur de vertige et qui n’était pas sans charme. J’étais ivre et j’avais envie de crier... ".G.Sand
ou encore : " Il faut marcher à pied, écrit-elle à sa mère. Je suis dans un tel enthousiasme des Pyrénées que je ne vais plus rêver et parler toute ma vie que montagnes, torrents, grottes et précipices. Courir, monter à cheval, rire d’un rien, ne pas se soucier de la santé et de la vie ! Aimée, mon amie, me gronde beaucoup. Elle ne comprend pas qu’on s’étourdisse et qu’on ait besoin d’oublier. " Oublier quoi ? me dit-elle. - Que sais-je ? Oublier tout, oublier surtout qu’on existe ".G.Sand
Puis la rencontre entre Chateaubriand et Léontine de Villeneuve plus connue sous le nom d'Occitanienne.
Depuis deux ans déjà, dès 1827, une jeune fille de la noblesse toulousaine avait entrepris d’écrire à Chateaubriand, l’illustre écrivain :
" Je pris la plume en tremblant, raconte-t-elle à son amie Coraly de Gaix, et sous le pseudonyme d’Adèle, j’écrivis une lettre destinée sans doute à se confondre avec tant d’autres, adressées par tant de femmes aux célébrités éclatantes. La réponse de Chateaubriand arriva, avec sa grosse écriture que je connaissais. Elle était aimable et gracieuse. Je la lus avec émotion. A mon tour je répondis, et... longuement... ". Une correspondance s’établit ainsi entre Adèle et René. Chaque lettre venait les rapprocher davantage. Ils en vinrent à se dire : " Nous ne pouvons demeurer des inconnus l’un pour l’autre ". Ils décidèrent de se rencontrer aux eaux de Cauterets où la jeune Occitanienne venait depuis 1827, soigner les suites d’une maladie de poitrine. Une première réunion prévue pour l’été 1827, ne put avoir lieu : " Je suis nommé ambassadeur à Rome ! écrit Chateaubriand à Adèle le 28 mai 1828. Ainsi, voilà tous mes beaux projets réduits en fumée... Je ne sais si Léontine (car tel était le véritable prénom d’Adèle) sera plus forte que moi, si elle m’aime assez pour être troublée, moi je suis bouleversé... ". La rencontre attendue eut lieu en juillet 1829. L’illustre écrivain avait réservé une chambre, rue de La Raillère, chez le docteur Cyprien Camus, le médecin auquel il avait confié son traitement.
Voici le récit de cette rencontre, tel qu’il fut révélé beaucoup plus tard en 1925, lorsque parut le " Roman de l’Occitanienne et de Chateaubriand " publié par la petite fille de Léontine, la Comtesse de Saint-Roman, née Castelbajac. " 130 "
Ecoutons le récit de Léontine :
" Ah ! Quelle impression me fit ce noble vieillard sous sa couronne de génie ! " Ce noble vieillard avait à l’époque soixante ans... et Léontine vingt quatre ans... cet âge est sans pitié ! Et elle ajoute : " Nous nous connaissions si bien que nous nous abordâmes comme des amis de tout temps... Dès ce jour, je le rencontrai souvent, soit en allant aux bains de La Raillère où ma chaise à porteur croisait la sienne, soit aux promenades où il m’abordait et m’accompagnait en tiers avec Madame de Valès, soit le soir chez la duchesse de La Rochefoucauld (il y avait du beau monde à Cauterets à cette époque !), soit enfin, dans ces visites de la matinée, où je le voyais revenir d’une course en montagne, m’apportant un bouquet de fleurs sauvages... Alors, je devenais, selon son expression, la jeune amie de ses vieux ans ; ce nom et ce titre m’émouvaient jusqu’au fond de l’âme ".
Ecoutons maintenant le récit de cette même rencontre, arrangé, idéalisé par l’imagination de Chateaubriand, tel qu’il nous est donné dans les " Les Mémoires d’Outre Tombe " : " 131 "
" Ayant pris congé du Roi (Charles X), et espérant le débarrasser toujours de moi, je montais en calèche. J’allais d’abord aux Pyrénées prendre les eaux de Cauterets. Ce moment de ma vie, écrira-t-il plus tard, est le seul où j’ai été complètement heureux... Tout mon voyage aux Pyrénées fut une suite de rêves... Plus j’étais heureux à Cauterets, plus la mélancolie de ce qui était fini me plaisait. La vallée étroite et resserrée est animée d’un gave ; au-delà de la ville et des fontaines minérales, elle se divise en deux défilés, dont l’un, célèbre pour ses sites, aboutit au Pont d’Espagne et aux glaciers. Je me trouvais bien des bains ; j’achevai seul de longues courses... Je faisais tous mes efforts pour être triste et ne le pouvais pas. Voilà qu’en poétisant, je rencontrai une jeune femme, assise au bord du gave ; elle se leva et vint à moi ; elle savait, par la rumeur du hameau, que j’étais à Cauterets. Il se trouve que l’inconnue était une Occitanienne qui m’écrivait depuis deux ans sans que je l’eusse jamais vue ; la mystérieuse se dévoila : patuit dea. J’allais rendre ma visite respectueuse à la naïade du torrent. Un soir qu’elle m’accompagnait, lorsque je me retirais, elle me voulut suivre ; je fus obligé de la reporter chez elle dans mes bras. Jamais je n’ai été si honteux ; inspirer une sorte d’attachement à mon âge me semblait une véritable dérision... Je me serais volontiers caché de vergogne parmi les ours, nos voisins... Je laissai s’effacer l’impression fugitive de ma Clémence Isaure (poétesse occitane) ; la brise de la montagne a bientôt emporté ce caprice d’une fleur : la spirituelle, déterminée et charmante étrangère de seize ans (elle en avait en fait vingt-six) m’a su gré de m’être rendu justice : elle s’est mariée ". Léontine de Villeneuve épousa en effet en novembre 1829 le comte Alphonse de Castelbajac, président de la Chambre à la Cour de Toulouse.
Léontine et René ne devaient jamais se revoir. Leur correspondance n’en fut pas interrompue pour autant. " Le premier volume de notre correspondance, dit-il, est un roman, le second sera une histoire ". " A présent je connais Léontine et je l’aime mille fois plus que du temps de son invisibilité. Lorsque Léontine m’était inconnue, je pouvais tout avouer. Je n’ai plus qu’une chose à lui dire : c’est que, loin d’avoir détruit l’ancienne Léontine, Léontine rêvée, la Léontine nouvelle, Léontine vraie, a réalisé son image. Vous êtes devenue l’un de ces songes charmants qu’on voudrait toujours faire ". Et cette lettre pleine de tristesse de celui qui fut l’enchanteur : " J’appartiens plus que jamais à ma sylphide : mais les années m’ont rendu trop pesant pour elle (13 avril 1842). Adieu Léontine. Adieu Madame de Castelbajac, j’adore les deux premières et je respecte la dernière ".
Chateaubriand meurt en juillet 1848, après avoir connu six régimes différents. Léontine s’éteignit à Toulouse le 5 avril 1897, cinq années avant d’être centenaire. Elle disait : " Je vais mourir d’avoir trop vécu, voilà tout ! ".
· Arbanère, en 1829, évoqua en ces termes la clientèle thermale de Cauterets à la fin de la Restauration : " Paris, avec tous ses hommes supérieurs, ses femmes, chefs d’œuvre de la civilisation... fournit la majeure partie des habitants de Saint-Sauveur et de Cauterets. On s’y occupe terriblement de politique, et les passions qui en sont les effets sont plus intenses à Cauterets que dans les autres eaux parce que la partie principale de la population vient de Paris, le foyer de toutes les craintes, de toutes les espérances, de tous les projets qui ont les modifications des principes du gouvernement pour effet ".
Victor Hugo à présent , il s'agit de La lettre à Louis Boulanger(peintre) (extrait des "Albums et carnets"):
" Je vous écris cher Louis, avec les plus mauvais yeux du monde. Vous écrire, pourtant, est une douce et vieille habitude que je ne veux pas perdre... Mes yeux me forcent à ménager les vôtres. Ne vous plaignez pas, vous aurez moins de grimoire et autant d’amitié... Si vous étiez ici (je ne puis m’empêcher de faire constamment ce rêve) quelle vie charmante nous mènerions ensemble ! Quels tableaux vous remporteriez dans votre pensée pour les rendre ensuite à l’art plus beaux encore que la nature nous les aurait donnés ! Figurez-vous, Louis, que je me lève tous les jours à quatre heures du matin, et qu’à cette heure sombre et claire à la fois, je m’en vais dans la montagne. Je marche le long d’un torrent, je m’enfonce dans une gorge la plus sauvage qu’il y ait, et, sous prétexte de me tremper dans l’eau chaude et de boire du soufre, j’ai tous les jours un spectacle nouveau, inattendu et merveilleux. Hier, la nuit avait été pluvieuse ; l’air était froid ; les sapins mouillés étaient plus noirs qu’à l’ordinaire ; les brumes montaient de toutes parts des ravins comme les fumées des fêlures d’une solfatare ; un bruit hideux et terrible sortait des ténèbres, en bas dans le précipice, sous mes pieds ; c’était le cri de rage du torrent caché par le brouillard. Je ne sais quoi de vague, de surnaturel et d’impossible se mêlait au paysage ; tout était ténébreux et pensif autour de moi ; les spectres immenses des montagnes m’apparaissaient par les trous des nuées comme à travers des linceuls déchirés. Le crépuscule n’éclairait rien ; seulement par une crevasse au-dessus de ma tête, j’apercevais au loin dans l’infini un coin de ciel bleu, pâle, glacé, lugubre et éclatant ; tout ce que je distinguait de la terre : rochers, forêts, prairies, glaciers se mouvait pêle-mêle dans les vapeurs et semblait fuir emporté par le vent à travers l’espace dans un gigantesque réseau de nuages. Ce matin, la nuit avait été sereine. Le ciel était étoilé ; mais quel ciel et quelles étoiles ! vous savez, cette fraîcheur, cette grâce, cette transparence mélancolique et inexprimable du matin : les étoiles claires sur le ciel blanc, une voûte de cristal semée de diamants. A cette voûte lumineuse s’appuyaient de toutes parts les énormes montagnes noires, velues, difformes. Celles de l’orient découpaient à leur sommet sur le plus vif de l’aube leurs sapins qui ressemblaient à ces feuilles dont les pucerons ne laissent que les fibres et font une dentelle. Celles de l’occident, noires à leur base et dans presque toute leur hauteur, avaient à leur cime une clarté rose. Pas un nuage, pas une vapeur. Une vie obscure et charmante animait le flanc ténébreux des montagnes ; on y distinguait l’herbe, les fleurs, des pierres, les bruyères, dans une sorte de fourmillement joyeux. Le bruit du gave n’avait plus rien d’horrible ; c’était un grand murmure mêlé à ce grand silence. Aucune pensée triste, aucune anxiété ne sortait de cet ensemble plein d’harmonie.
Toute la vallée était comme une urne immense où le ciel, pendant les heures sacrées de l’aube, versait la paix des sphères et le rayonnement des constellations ".V.Hugo
Ses vers à présent toujours inspirés par son séjour à Cauterêt :
" Le matin les vapeurs, en blanches mousselines,
Montent en même temps, à travers les grands bois
De tous les ravins noirs, de toutes les collines,
De tous les sommets à la fois !
Un jour douteux ternit l’horizon ; l’aube est pâle ;
Le ciel voilé n’a plus l’azur que nous aimons ;
Tout une brume épaisse à longs flocons s’exhale
Du flanc ruisselant des vieux monts.
On croit les voir bondir comme au temps du prophète,
Et l’on se dit, de crainte et de stupeur saisi :
- Oh chevaux monstrueux ! Quelle course ont-ils faite
Que leurs croupes fument ainsi ? ".
" Nous marchons ; il a plu toute la nuit ; le vent
Pleure dans les sapins ; pas de soleil levant ;
Tout frissonne ; le ciel, de teinte grise et mate,
Nous verse tristement un jour de casemate,
Tout à coup, au détour du sentier recourbé,
Paraît un nuage, entre deux monts tombé.
Il est dans le vallon comme en un vase énorme
C’est un mur de brouillard sans couleur et sans forme.
Rien au delà. Tout cesse. On entend aucun son ;
On voit le dernier arbre et le dernier buisson.
La brume, chose morne, imperméable et vide,
Emplit l’angle hideux du ravin de granit.
On croirait que c’est là que le mont finit
Et que va commencer la nuée éternelle.
Borne où l’âme et l’oiseau sentent faiblir leur aile,
Abîme où le penseur se penche avec effroi
Puits de l’ombre infinie, oh, disais-je, est-ce toi ?
Alors je m’enfonçais dans ma pensée obscure,
Laissant mes compagnons errer à l’aventure ".V.Hugo
sources sur un site consacré au sujet et vraimet très bien fait. http://pagesperso-orange.fr/flurin/cauterets.html