Lecture à La mansarde (5) suite... Publié le 19 janvier 2009 Pour ne plus "déplaire" à Jean-Pierre qui "hait les poètes", c'est vers un linguiste, aujourd'hui que je vais me tourner ... Dans la préface qu'il accorde au "Dico des noms propres devenus noms communs", de Jean Maillet, publié aux éditions Albin Michel en 2005, Bernard PIVOT écrit que la vraie gloire, pour un personnage illustre est finalement d'être devenu un substantif banal, s'écrivant avec une minuscule : " Ainsi le philosophe Epicure et l'épicurisme, le préfet Eugène René Poubelle et la poubelle, le comte et explorateur Louis Antoine de Bougainville et le bougainvillier, l'architecte François Mansart et la mansarde, Marivaux et le marivaudage, Chaptal et la chaptalisation, le maréchal de La Palice et la lapalissade." Certes, d'autres personnages, bien moins connus que ceux évoqués par B. Pivot, ont néanmoins laissé à la postérité ce nom commun que tous nous employons maintenant sans en connaître réellement l'origine. Et Pivot d'ajouter : "Ainsi le comte de Sandwich que sa passion des cartes attachait à sa table de jeu et pour qui son cuisinier conçut un en-cas rapide qui allait ... gagner le monde entier. Ainsi encore le statisticien Sébastien Bottin et le bottin; Rustin et la rustine; l'Ecossais John McAdam et le macadam; Michel Bégon et le bégonia; le mathématicien François Bernard Barrême et le barême; le roi Mausole et le mausolée, etc." (Permettez-moi d'ouvrir tout de go une petite parenthèse pour attirer votre attention sur le glissement d'orthographe entre certains de ces noms propres et le nom commun qui en dérive, notamment Mansart, avec T, et mansarde, fût-elle bleue, avec D; ou François Barrême, avec 2 R, et un barême, qui n'en a plus conservé qu'un seul !) C'est cet ouvrage extrêmement intéressant pour tous ceux que notre belle langue française intéresse, mais au demeurant aussi fort amusant, que je voudrais aujourd'hui, bien au chaud dans ce fauteuil que vous m'avez réservé, chère Cat, feuilleter à l'intention de tous les mansardiens qui passeront ici quelques instants, en choisissant arbitrairement, à tout seigneur tout honneur, deux exemples dans le chapitre consacré à la lettre A. Le premier, et pour tenter de rivaliser de compétence avec Nat, la conceptrice d'un extraordinaire blog consacré à la Turquie (dubretzelausimit), aura trait à l'origine du terme : ANGORA. "Ankara (du grec Agkura), capitale de l'actuelle Turquie, fut francisé en Angora aux XVIIIème et XIXème siècles. La ville s'appelait Ancyre dans l'Antiquité. De cette région provenait une sorte de laine faite à partir de poils de chèvre dont la race s'acclimata en Afrique du Sud (ce qui peut expliquer la confusion que l'on fit entre "Angola" et "Angora"). Les chats (1761), les chèvres (1768), puis les lapins (1790) dont les poils sont longs et soyeux furent baptisés "d'Angora" puis, simplement, angora." Mon dernier exemple, pour aujourd'hui, à tout le moins, se réfère au terme : ARGUS. "Argos était surnommé Panoptès, "Celui-qui-voit-tout", dans la mythologie grecque. C'était un prince doté de cent yeux. La légende dit que Héra (Junon) lui avait confié la mission de surveiller Io, la jeune maîtresse de Zeus. Hermès, jouant de sa flûte, réussit cependant à endormir Argos et à lui trancher la tête. Héra recueillit ses cent yeux pour en orner la queue du paon, son oiseau emblématique. Latinisé en Argus, le mot devint au XVIème siècle un nom commun signifiant "espion". Dès 1900, le mot argus a désigné une publication spécialisée capable de donner des renseignements précis et complets dans un domaine particulier." La plus connue de ces publications reste bien évidemment l'Argus de l'Automobile, qui détermine la cote des véhicules d'occasion. Richard LEJEUNE Publicité