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Richard Lejeune a inauguré la bibliothèque en venant y déposer quelques notes sur sa dernière lecture...

"J'ai lu, hier, avec beaucoup d'émotion, d'abord, de plaisir ensuite parce qu'évoquant un pan d'histoire de ce XXème siècle au milieu duquel je suis né, ai grandi et me suis constitué : il s'agit des mémoires que nous offre à 80 ans Madame Simone Veil, sous le titre, emprunté à Maupassant : "Une Vie"
Et j'ai très vite rencontré ce passage : "Soixante ans plus tard, lorsque je pense à la constance avec laquelle la Croix-Rouge internationale s'est efforcée de légitimer son comportement de l'époque, je reste ... à tout le moins perplexe."
Cette phrase m'a remis en mémoire un ouvrage d'une densité sans pareille. Plus très roman depuis pas mal d'années, je fais pourtant une notable exception pour un seul, mais extraordinairement poignant, parce que extrêmement réaliste, livre de Patrick CAUVIN, inspiré d'un événement aussi inhumain qu'hypocrite :
"Nous allions vers les beaux jours".
Dans ce récit d'une gravité bouleversante, au-delà de l'histoire d'amour qui réunit deux jeunes Juifs, Cauvin nous remémore un moment, épouvantablement cynique, malheureusement réel, de la Deuxième Guerre mondiale quand les services nazis de la propagande, ne reculant devant aucune abjection, décidèrent de faire tourner un film, destiné précisément aux représentants de cette Croix-Rouge internationale, intitulé : "Le Führer offre un village aux Juifs" dans lequel les prisonniers eux-mêmes, dans une atmosphère de joie, travaillaient, manifestement heureux.
Innommable mystification à laquelle beaucoup crurent ..."
Richard Lejeune

Je vous encourage bien entendu à réagir à ce billet de Richard.
Et pour raconter vos lectures il vous suffit de me laisser un commentaire. Je le publierai en article. La rubrique bibliothèque est disponible 24h sur 24!!!
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R
Pour rebondir à la fois sur l'un ou l'autre commentaire, mais aussi suite à l'article de Cat concernant le Nobel dans lequel Sartre est cité, lui qui d'ailleurs le refusa, je me permets de revenir un instant sur "Une Vie", récit auquel j'ai déjà fait allusion ici, et qui constitue les mémoires dont à 80 ans mainteannt nous gratifie Madame Simone Veil, je lisais récemment ce passage (Stock, 2007, p. 29) :<br /> <br /> "Il reste que pendant des mois, sinon des années, peu de personnes ont compris ce qui se passait outre-Rhin. L'été 1934, pendant nos vacances à La Ciotat, Maman jouait au tennis avec un jeune homme de retour d'Allemagne après un séjour de plusieurs années. C'était Raymond Aron. Il lui raconta ce qu'il avait vu à Berlin, la violence des rues, les autodafés de livres organisés par les étudiants de l'université; bref, la montée du nazisme. Personne ne voulait le croire."<br /> <br /> Cet extrait, interpellant, m'a rappelé un autre passage, d'autres mémoires, d'une autre Simone qui, dans "La Force de l'âge", raconte comment Jean-Paul Sartre découvrit la phénoménologie et Husserl par la même occasion (Livre de poche 1458-59-60, p. 156) : <br /> <br /> "Raymond Aron passait l'année à l'Institut français de Berlin et, tout en préparant une thèse sur l'histoire, il étudiait Husserl. Quand il vint à Paris, il en parla à Sartre. Nous passâmes ensemble une soirée au Bec de Gaz, rue Montparnasse; nous commandâmes la spécialité de la maison : des coktails à l'abricot. Aron désigna son verre : "Tu vois, mon petit camarade, si tu es phénoménologue, tu peux parler de ce cocktail, et c'est de la philosophie !" <br /> <br /> Sartre en pâlit d'émotion, ou presque : c'était exactement ce qu'il souhaitait depuis des années : parler des choses, telles qu'il les touchait, et que ce fût de la philosophie. Aron le convainquit que la phénoménologie répondait exactement à ses préoccupations : dépasser l'opposition de l'idéalisme et du réalisme, affirmer à la fois la souveraineté de la conscience et la présence du monde, tel qu'il se donne à nous. <br /> <br /> Il acheta, boulevard Saint-Michel, l'ouvrage de Lévinas sur Husserl, et il était si pressé de se renseigner que, tout en marchant, il feuilletait le livre dont il n'avait même pas coupé les pages. Il eut un coup au coeur en y trouvant des allusions à la contingence. Quelqu'un lui avait-il coupé l'herbe sous le pied ? Lisant plus avant, il se rassura. La contingence ne semblait pas jouer un rôle important dans le système de Husserl, dont Lévinas ne donnait d'ailleurs qu'une description formelle et très vague. Sartre décida de l'étudier sérieusement et, à l'instigation d'Aron, il fit les démarches nécessaires pour reprendre l'année suivante, à l'Institut français de Berlin, la succession de son petit camarade." <br /> <br /> Indépendamment de cette approche que Sartre va faire de la phénoménologie qui marquera son oeuvre philosophique future (je rappelle quand même que son maître ouvrage "L'Être et le néant" est assorti de ce sous-titre : "Essai d'ontologie phénoménologique" !) et sur laquelle on peut éventuellement revenir un prochain jour, ce qui m'a toujours laissé pantois en lisant l'ouvrage de Simone de Beauvoir, mais aussi les écrits autobographiques de Sartre lui-même, c'est que malgré le fait qu'il part succéder à Raymond Aron à Berlin, et qu'il y réside donc en 1933-34, dans les années cruciales de cette montée du nazisme qu'évoque Simone Veil, il n'écrira jamais aucune ligne là-dessus.<br /> <br /> Il ne peut quand même pas ne pas avoir vu ! <br /> Il ne peut quand même pas n'y avoir pas été sensible ! <br /> Il n'en touche mot, il n'y fait allusion nulle part ...<br /> <br /> C'est au-delà de l'admiration que je puis porter au philosophe, le seul point que je ne parviens pas à comprendre chez cet homme qui pourtant fut de nombreuses années compagnon de route du parti communiste.<br /> <br /> Peut-on arguer du fait qu'il n'avait aucune conscience politique, à l'époque ?<br /> <br /> Indéniablement, à mes yeux à tout le moins, Sartre a raté là le train de l'Histoire ...
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<br /> <br /> Vous faites bien de le souligner! Et en ce moment qui se préoccupe de la montée fulgurante du faschisme en Autriche?<br /> Personne...Tout le monde s'en fout...Pourtant "la bête" est bel et bien de retour. Et avec le marasme économique on peut craindre le pire, que les peuples ne se tournent vers des idées<br /> extrémistes comme ils ont su si bien le faire dans le passé en Italie, en Allemagne, en Russie, en France  etc<br /> Pour Sartre je vais regarder dans mon hors série des philosophes face aux évènements du XXème, il doit bien y avoir quelquechose d'interessant à ce sujet. A mon avis il n'a pas du être le<br /> seul...à manquer de réaction!<br /> <br /> <br /> <br />
L
Je n'ai pas encore lu les Mémoires de Madame Weil ni jamais lu le roman de Patrick Cauvin ... Mais il me semble qu'il a été adapté pour le petit écran ... Et j'ai vu le téléfilm - ici ou en France - je ne me souvien plus ...<br /> En cette époque troublée, il n'y a pas que la Croix Rouge qui se taisait hélas !!!! Beaucoup de documents attestent que nombreux étaient ceux qui savaient - y compris le gouvernement Anglais - mais le malheur des déportés : communistes, résistants, homosexuels, juifs, Tziganes ... n'intéressaient siblement personne ...<br /> Que dit la Croix Rouge du Darfour à l'heure actuelle : rien non plus ...<br /> LIZAGRECE
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L
La dernière phrase de Richard résument malheureusement tout bisous
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<br /> Exactement!<br /> <br /> <br />
T
la fameuse phrase :Arbeit macht frei !
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<br /> .......................................<br /> <br /> <br />
N
Il y a des mots qui permettent de ne pas oublier les maux qu'ont enduré ceux qui ont vécu de telles souffrances.
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