Chroniques de la montagne (9)
Ce jour-là, nous avons parcouru le fameux sentier des cascades. Un chemin escarpé et vertigineux. En juillet, une promeneuse y a été victime d'une chute fatale...
Pour ma part pas de bobo mais au retour, j'ai cru y laisser les articulations de mes genoux dans la descente.
Un tonnerre d'eau jaillissante vous accompagne tout au long du périple, un tumulte infernal et furieux qui devient vite oppressant. Par endroit il y a même des émanations de souffre. Et entre odeur et fureur on se croirait en enfer..
Je préfère le calme des estives et le clapotis des ruisseaux.
Alors pour profiter du spectacle en douceur j'ai rempli mes oreilles de Schubert et le paysage a pris aussitôt une autre dimension :
La sonate en A majeur D959, andantino
Photos Cat.




Voici ce que Victor Hugo écrivait à son ami le peintre Louis Boulanger au sujet du paysage des cascades :
"Figurez-vous, Louis, que je me lève tous les jours à quatre heures du matin, et qu’à cette heure sombre et claire à la fois, je m’en vais dans la montagne. Je marche le long d’un torrent, je m’enfonce dans une gorge la plus sauvage qu’il y ait, et, sous prétexte de me tremper dans l’eau chaude et de boire du soufre, j’ai tous les jours un spectacle nouveau, inattendu et merveilleux. Hier, la nuit avait été pluvieuse ; l’air était froid ; les sapins mouillés étaient plus noirs qu’à l’ordinaire ; les brumes montaient de toutes parts des ravins comme les fumées des fêlures d’une solfatare ; un bruit hideux et terrible sortait des ténèbres, en bas dans le précipice, sous mes pieds ; c’était le cri de rage du torrent caché par le brouillard. Je ne sais quoi de vague, de surnaturel et d’impossible se mêlait au paysage ; tout était ténébreux et pensif autour de moi ; les spectres immenses des montagnes m’apparaissaient par les trous des nuées comme à travers des linceuls déchirés. Le crépuscule n’éclairait rien ; seulement par une crevasse au-dessus de ma tête, j’apercevais au loin dans l’infini un coin de ciel bleu, pâle, glacé, lugubre et éclatant ; tout ce que je distinguait de la terre : rochers, forêts, prairies, glaciers se mouvait pêle-mêle dans les vapeurs et semblait fuir emporté par le vent à travers l’espace dans un gigantesque réseau de nuages." Victor Hugo