Chronique de la montagne (2)
Le lac de Gaube
On entre dans une forêt de sapins, et bientôt vous marchez sur une grande prairie au bout de laquelle se trouve le lac. Sa teinte vert de gris le fait confondre un instant avec l’herbe que vous foulez ; il est uni et calme ; son eau est si calme qu’on dirait une grande glace verte ; au fond se dresse le Vignemale dont les sommets sont couverts de neige, de sorte que le lac se trouve encaissé dans les montagnes, si ce n’est du côté où vous êtes. Certes, si on y allait seul et qu’on y restât la nuit pour voir la lune se mirer dans ses eaux vertes, avec la silhouette des pics neigeux qui la dominent, écoutant le vent casser les troncs de sapins pourris, certes cela serait plus beau et plus grand ; mais on y va comme on va partout, en partie de plaisir, ce qui fait qu’on n’a pas le loisir d’y rêver, ni l’impudeur de se permettre des élans poétiques désordonnés. On arrive à midi, dévoré d’une faim atroce et l’on s’y empiffre d’excellentes truites saumonées, ce qui ôte à l’imagination toute sa vaporosité et l’empêche de s’élever vers les hautes régions, sur les neiges, pour y planer avec les aigles " Gustave Flaubert (article paru dans la Gazette de Cauterets).

L'anecdote :
A partir de l'automne 1832 le lac de Gaube devint un lieu de rendez-vous romantique suite à une tragédie survenue dans ses eaux miroitantes. On y accédait à dos de mulet ou en chaise à porteurs.
20 septembre 1832. Un jeune couple de britanniques Sarah et William Pattison, en voyage de noces à Cauterêts, décide de faire une promenade en barque sur le lac de Gaube. Elle a 21 ans et lui 31. Pour on ne sait quelle raison étrange, le mystère demeure entier à ce jour, la barque chavire et emporte à tout jamais les corps des époux dans les profondeurs abyssales du lac.
Une stèle entourée d'une grille fût élevée (invisible aujourd'hui et démolie en 1940) en leur mémoire sur un surplomb granitique qui s'avance dans le lac.
La légende raconte que depuis, à cette date du 20 septembre le promeneur solitaire peut entendre les cloches d'une église fantôme engloutie...
J'ai eu beau tendre l'oreille je n'ai rien entendu...
J'ai seulement perçu les bribes de récrimination d'une classe d' ados essouflés (ah la cigarette) maudissant leur prof de géo pour leur avoir fait subir la grimpée vers le lac au lieu de les avoir emmenés à la plage...!
Ci-dessous vue du lac d'époque avec le monument

Le lac de Gaube septembre 2009 (photo La mansardienne)
Pour moi ce n'était pas le même spectacle que celui décrit par Flaubert, les reflets de l'eau n'étaient pas vert de gris mais vert turquoises. Daltonien peut-être ce Cher Gustave...

Pour admirer ce lac sans vous déplacer je vous conseille la scène de la promenade en barque de Chateaubriand en compagnie de sa jeune admiratrice dans le film "L'Occitanienne", long métrage exceptionnel qui poursuit envers et contre tout, son tour de France des petites salles.