Le jardin extraordinaire (Un tableau-des mots)

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J'ai déjà publié ce récit sur "le sentier" il y a un an et deux ou trois d'entre-vous le reconnaîtront sans doute.
Je  dédicace ce texte dédié aux nouritures terrestres  à notre cantinière de talent, Liza, puisqu'il y est question de bonne cuisine méditérranéenne...

Victoire avait loué un vieux moulin érigé sur une colline près du  village. Une vieille cité provençale de carte postale dont les ruelles pavées s'enroulaient nonchalament autour d'une autre colline juste en face du moulin.
La propriétaire des lieux, Léoncie, possédait trois domaines dispersés autour du village. Il y avait la ferme du "Bercaïou" où elle vivait.
Puis le domaine de "Beau Mistral" avec son moulin et sa bastide tansformés depuis peu en locations saisonnières.
Et enfin "Le Pré du Seigneur", un bout de terrain aux pieds du lieu-dit "Beau Mistral"; une maisonnette ancienne entourée d'un jardin luxuriant que Léoncie entretenait jour après jour avec amour pour le plus grand plaisir de ses résidents qui venaient s'y approvisionner en légumes de saison.

Victoire  était arrivée le matin même en gare d'Avignon par TGV. Puis elle avait pris place dans un bus brinquebalant avec armes et bagages.
Après trois quart d'heure de montée vers les collines tapissées de lavande, le vieux véhicule s'arrêta sous la ramure ombragée des platanes de la place du village. Léoncie était venue attendre sa locataire. La vieille provençale se tenait droite comme un i, près de la fontaine; les bras croisés sur son tablier à motifs bleus, un chapeau de paille vissé sur la tête. Après les salutations chaleureuses d'usage, les deux femmes montèrent à bord d'une antique 2 CV  qui les transporta tant bien que mal jusqu'au moulin.

Victoire eût tôt fait de s'approprier l'endroit, idéal pour les activités qu'elle avait prévues. Elle allait enfin  réaliser cette série de tableaux sur le thème des bories que lui avait commandé un ami de longue date,  qui exposait régulièrement les oeuvres de Victoire dans sa galerie aixoise.
Elle attaqua une toile sans attendre.Elle avait revêtu sa tenue de combat. Une vieille chemise de lin aux manches roulées, maculée de tâches de peinture par dessus un short en jean's tout aussi usagé. Elle peignit sans relâche pendant 24 heures. Accompagnée par le chant lancinant des cigales qui le soir venu laissait place brutalement à la douce mélopée des grillons.

Le surlendemain, il fallut se rendre à l'évidence. Le frigo était vide.
Victoire, tôt le matin descendit le chemin pierreux en direction du Pré du seigneur; elle trouverait certainement là de quoi réaliser de gargantuesques salades survitaminées.
Léoncie était déjà à pied d'oeuvre, l'arrosoir à la main.
Victoire s'émerveilla! Il poussait dans ce petit jardin les plus beaux légumes que la nature pouvait produire. Les mêmes que sur les toiles d'Arcimboldo!
Des rames de haricots verts à n'en plus finir. Des aubergines luisantes et sans aucun défaut, des courgettes "en veux-tu en voilà", sans parler des tomates de toutes les variétés possibles. Mais ce qui frappa le plus Victoire, c'était la taille démesurée des légumes...

-"Goûtez-moi ces courgettes ce soir, revenues dans un filet d'huile d'olive, avec un peu d'ail; elles sont tendres comme de la rosée, vous m'en direz des nouvelles!"
 s'exclama Léoncie d'un petit air conspirateur qui intrigua Victoire...
Le soir même elle exécutait la simple recette. Le résultat fut à la hauteur. Un vrai délice dans toute sa simplicité. La chair de cette courgette aux dimensions hors-norme fondait délicieusement dans la bouche. C'était décidé, Victoire ferait une orgie de légumes pendant son séjour. Il y avait là de quoi se refaire une santé.

Dès lors elle se rendit chaque matin dans le potager de Léoncie. Elle revenait les bras chargés de légumes frais et croquants.
Midi et soir elle les dégustait avec bonheur et  en profita pour expérimenter toutes sortes de plats suggérés par Léoncie. Des soufflés légers comme l'air, des tians moelleux, des soupes au pistou savoureuses, des gratins fondants...
Dans le même temps son travail pictural avancait à grands pas. Il lui semblait que plus son appétit envers les légumes grandissait, plus son inspiration s'accentuait. La beauté de ses toiles jaillissait de jour en jour.
L'ami d'Aix débarqua un beau matin de juillet.
Quand il découvrit les tableaux il tomba à genoux, muet, hébété...

-"C'est miraculeux...magnifique...il n'y a pas de mots assez forts pour...qualifier ton travail"

 Il se précipita vers Victoire pour la serrer chaleureusement dans ses bras. 

Le  soir, alors que l'ardeur du soleil commençait à faiblir, et que le chant des cigales s'était tu, Victoire et son ami descendirent d'un bon pas vers le Pré du Seigneur.

-"Tu vas voir ces légumes!" lui dit-elle enthousiaste..

Léoncie, infatigable, binait la terre au pieds des plants de melons.

-"Alors ma belle que voulez-vous pour le dîner de ce soir? Je vous popose des aubergines. Vous les coupez en tranches fines. Vous déposez sur chaque tranche un petit morceau de jambon italien surmonté d'une tranche de mozarella. Vous enroulez le tout, vous piquez et vous mettez au four..."

-" Dites-moi Madame ce n'est pas donné à tout le monde de cultiver d'aussi beaux légumes...Vous avez bien au moins un petit secret à nous révéler?"se risqua à demander l'ami de Victoire. Cette dernière écoutait distraitement tout en empilant les fameuses aubergines dans son panier.
-" Ah ça mon bon monsieur!" s'esclaffa Léoncie "C'est qu'il faut y être matin et soir, arroser et encore arroser et puis gratter la terre sans relâche...et puis j'peux bien vous le dire à vous, c'est qu'ya du monde là-dessous!" ajouta t-elle avec un éclat de malice dans l'oeil.

Le couple échangea un regard dubitatif.

-"Comment ça du monde?" questionna Victoire prenant soudain conscience de la tournure étrange de la conversation.

Léoncie essuya ses mains terreuses sur son tablier, puis elle s'approcha du couple. D'un air entendu elle murmura:
-"Ben ya un genre de cimetière là-dessous!"
-"QUOI?" répondit Victoire

Les mains sur les hanches, Léoncie poursuivit dans un souffle 
-"C'est à cet endroit même qu'on les enterrait lors de la grande épidémie de 1720"  

Victoire et son ami pétrifiés demandèrent en choeur -"Et une épidémie de quoi?"

-"La peste noire" déclara Léoncie l'air espiègle "Mes légumes poussent sur un ancien charnier de pestiférés!...Vous comprenez à présent mon petit secret!"
En effet il fallait se rendre à l'évidence, sous le feuillage des légumes s'étalait un bel humus noir et fin, un rêve de jardinier...

Victoire sans piper mot régla le montant de son dû, puis hésita avant de saisir son panier, partagée entre le dégoût et l'effroi. Ils remontèrent sans un mot jusqu'au moulin et jetèrent les légumes dans le bac à compost...

Tout ou presque a été inventé dans ce récit, sauf le moulin,le lieu-dit nommé"Pré du seigneur" et surtout l'histoire des légumes géants qui poussaient sur un ancien cimetière de pestiférés provencaux, (la scène de la révélation du pourquoi des légumes s'est déroulée exactement de la même façon). Seule ma réaction a été différente. Je me suis efforcée de faire bonne figure devant Léoncie...parce-que je l'aimais bien...
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Publié dans Un tableau-Des mots

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J
Bon ben je vais revenir plus tard je n'arrive pas à me concentrer...Jean-Yves
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<br /> Si tu n'accroches pas c'est de ma faute pas de la tienne!<br /> <br /> <br />
J
C'est ainsi que la vie se renouvelle... grâce aux cendres des morts !
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<br /> <br /> Ils étaient brûlés les pestiférés?<br /> <br /> <br /> <br />
:
donc si je comprends bien les prochains repas de notre cantinière INTERNATIONALE seront préparés avec ces légumes ...... mais je fais confiance à Liza !Superbe récit !Trinity
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<br /> <br /> Oublions ce qui se cache sous nos pieds, ça vaut mieux! Heureuse que le récit t'ai plu!<br /> <br /> <br /> <br />
L
oups  certainement difficile à digérer ces beaux légumes - Liza se ravitaille en légumes en Grèce, donc rien à craindre !!!! lol bisous
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<br /> Ya peut-être eu la peste noire là-bas aussi...qui sait! <br /> <br /> <br />
L
Une histoire de peinture de cuisine et de potager ça ne peut que me plaire ... Et tant pis pour les pestiférés je remplis mon panier et je prépare mes salades !!! Merci Cat !
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<br /> Je l'avais publiée l'année dernière quand tu étais dans la montagne! Léoncie préparait aussi une soupe au pistou dont je<br /> n'ai jamais oublié le goût...sublime!<br /> <br /> <br />