Le défi du trimestre de Cat

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Avril 2050.
Elle se tenait assise près de la fenêtre, le regard perdu vers on ne sait quelle chimère... recroquevillée dans un  fauteuil de velours  sombre à crépine d'or, élimé sur les accoudoirs.

Elle attendait le taxi qui la transporterait vers son dernier lieu de vie , "une résidence pour séniors" disaient-ils...Mais elle savait bien qu'il s'agissait d'un mouroir tels qu'ils existaient déjà au début du XXIème siècle.. . Ses valises attendaient sagement empilées près de la porte.
Quitter la maison lui déchirait le coeur mais il fallait  bien s'y résoudre, sa santé déclinante ne lui permettant plus de séjourner dans un endroit aussi isolé.

Il faisait froid. Elle ramena les pans de son châle de soie aux couleurs passées sur ses maigres épaules. Un frisson fit tressaillir son corps fatigué alors qu'elle saisissait sa canne. L'envie de monter une dernière fois  la taraudait. 
Rassemblant quelques restes de force, elle grimpa lentement l'escalier de bois qui permettait d'accéder au dernier étage. Au prix d'un effort démesuré elle parvint  devant la porte de son petit paradis. Elle tremblait de joie et d'épuisement , poussant la porte de la pointe de sa canne.  Déjà sa fatigue s'envolait comme à chaque fois qu'elle franchissait le seuil de cette mansarde aux murs enduits de ce bleu si particulier, l'azur délicat de la fleur de pastel.
Tout  près de la fenêtre, ouverte sur les délices champêtres d'une journée printanière, s'offrait une vieille ottomane de bois ouvragé à l'assise capitonnée. Elle s"y étendit doucement. De cet emplacement elle pouvait contempler à la fois la campagne et couvrir amoureusement du regard le moindre recoin de la mansarde.
C'était là qu'elle se sentait le mieux, dans cette ambiance surannée soumettant sa mémoire à de délicats souvenirs. Parfois même elle s'y endormait.
Il faut dire qu'en ces lieux s'étaient déroulés des instants, parmi les plus précieux de son existence.

2007.
C'était l'époque bénie où chaque foyer européen possédait un voire plusieurs ordinateurs. De plus en plus d'internautes ouvraient ce que l'on appelait alors un "blog", un lieu d'expression et de convivialité qui rassemblait de plus en plus d'adeptes.
Une toulousaine eut un jour l'idée de relancer les salons littéraires à la façon des grands siècles , par le biais du support informatique. Des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des photographes, des poètes et autres faiseurs d'idées s'y croisèrent  et y débattirent pendant des années. En cinq ans le salon de La mansarde bleue rencontra un beau succès et des centaines d'autres salons suivirent...Le salon virtuel du XXIème siècle semblait avoir de beaux jours devant lui!

Mais déjà se profilaient d'autres évènements, bien moins réjouissants ceux-là...

Les effets de la crise mondiale conjugués aux  méfaits d'une dictature gouvernementale, ne tardèrent pas à se faire ressentir cruellement dès la fin de l'année 2010.  
La classe moyenne disparut complètement creusant un abîme sans fond entre les couches les plus pauvres et celles, plus nanties, de la population.
Plus question pour des questions de pauvreté évidente d'acquérir les dernières innovations technologiques. Quand un ordinateur rendait l'âme, il fallait se résoudre à ne plus jamais pouvoir le remplacer...Peu à peu, l'outil majeur du XXème siècle disparut de la vie quotidienne  et les blogueurs ne bloguèrent plus...

La créatrice du premier salon virtuel, au désespoir, dut se rendre à l'évidence. Il ne leur restait plus, à elle et ses amis, qu'une seule possibilité de communication :  l'échange épistolaire par voix classique. Mais comme c'était long...

Un folle idée lui traversa alors l'esprit . Elle aménagea le dernier étage de sa maison et organisa une fois par an, une fête, afin de réunir les mansardiens les plus actifs. Ils n'étaient pas tous présents à chaque fois mais au cours du temps  elles parvint à les faire venir tous sans exception. Je pourrais vous raconter ces moments-là mais c'est une autre histoire...

Les plus anciens s'éteignirent les uns après les autres au cours des années vingt. Les réunions s'espacèrent faute de nouveaux membres  et la créatrice de La mansarde resta bientôt  presque seule et anéantie...et disparut à son tour en 2032. 

Avant de s'en aller elle avait légué La mansarde à l'une de ses amies les plus proches et les plus actives, celle-là même qui attendait son taxi, alanguie dans l' ottomane...

Son regard allait d'un objet à l'autre.

Sur le mur entre les deux fenêtres s'étalaient des photos, pour la plupart des vues d'Istanbul et de la Turquie de l'est  réalisées par cette reporter  qui connut son heure de gloire.

Un peu plus loin, une affiche  de "Cléopatre" (illustrant un début de roman écrit collectivement par les mansardiens) réalisée par ce grand peintre, poète et alchimiste...comment s'appelait-il déjà?

Sur la table de travail près de la bibliothèque, une sculpture émouvante de mains entrelacées,réalisée par cette petite bretonne pleine de talent qui aimait tant le thé, les vieilles dames espiègles et la lecture.

Sur le guéridon d'acajou près de l'ottomane était disposée une petite toile de lin très fin, brodée délicatement par une mansardienne poétesse à ses heures qui vivait dans un moulin du nord-est.

Dans la bibliothèque, une pile d'ouvrages illustrés et écrits par cette Chère...oh mais j'ai oublié son nom aussi, elle vivait dans les montagnes grecques je crois...et elle cuisinait merveilleusement bien.

Sur les rayonnages s'entassaient aussi une pile de manuscrits jaunis rédigés par le plus idéaliste de tous les mansardiens, des textes magnifiques qui avaient rencontré une gloire méritée mais hélas posthume.

Et ce fauteuil de rotin démodé dans lequel notre  amoureux des belles lettres aimait tant à  s'abandonner au plaisir de la lecture.

Enfin sur le grand mur lézardé près de la porte, un merveilleux pastel "L'immeuble sur bateau" signé d'une clé de sol et qui avait conservé toute la fraicheur  de ses couleurs malgré le nombre des années...

A la vue de tous ces objets, un sourire se dessina sur le visage de la vieille dame alors que le bruit d'un moteur retentissait au bout du chemin...

"Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l'auteur"...lol

Tableau de Wilhelm Hammershoi

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Publié dans le défi du trimestre

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J
Bonjour CAT, <br /> Il est 04h25. Ma curiosité ne pouvais attendre quand j'ai vu ta réponse à ma question pas commentaire interposé.<br /> Je suis dons allé lire ton article... Depuis jeudi (29/01) dernier je suis pris par un travail de statistiques au bureau, ce qui ne m'a pas permis de suivrre toutes les aventures des blogs. <br /> Et ce matin quand j'ai lu ta réponse, c'était trop fort il fallait que j'aille lire ton article où tu me citais. Je me doutais bien déjà que c'était l'un des articles que je n'avais pas encore lu. Puisque fidèle de chez fidèle je n'en n'ai raté aucun.<br /> Je m'empresse donc à la lecture... Et là tout doucement les frissons ont parcouru mon corps de la pointe de pieds jusque sur mes petits cheveux sur le haut de mon crâne. J'aurai versé une larme si je n'avais pas voule garder ce sentiment de bien être... Je ne vuolais pas laisser couler larmes cette fois. Je voulais les garder à l'intérieur. Et non je n'avais pas lu donc ton article quand j'ai décidé Lundi de vous prévenir de mon absence de quelques jours sur la blogosphère... D'où ce sentiment de frissons qui est venu tout naturellement en lisant ton histoire.<br /> Incroyable n'est-ce pas. Je suis persuadé que certain ne pourrait-y croire. Mais c'est pourtant vrai que nous sommes conectés.<br /> C'est un hasard, un bel hasrad si j'avais choisi cet toile pour vous prévenir.<br /> <br /> C'est bon de te lire, c'est bon de vous lire, c'est bon d'appartenir à cette Mansarde, quoique virtuelle. Peu imoprte ce qui se passera pourmon avenir. J'aurai vécu ces bons moments avec tendresse et joie non dissimuilé... Et là les larmes montent telles une déferlente un jour de tempête... Ces dernières impossible de les retenir. <br /> <br /> Il est 04h40, pour plus d'authenticité je ne me suis pas relu, alors tant pis pour les fautes j'espère néanmoins ne pas avoir oublier trop de lettre voir de mots, pour qu'ainsi vous puissiez lire et comprendre mon émotions.<br /> <br /> Bon il faut que je retourne travailler.<br /> <br /> A bientôt aujourd'hui, demain, ce week-end sans doute, j'ai énormément à rattraper.<br /> <br /> Bisous<br /> Et Excellente journée<br /> Jean-Yves.
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<br /> Merci Jean-Yves pour ce commentaire qui me va droit au coeur. Je n'ai pas vu les fautes. N'était-ce pas St exépury qui<br /> écrivait, l'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu'avec le coeur...<br /> <br /> <br />
J
Ainsi va la vie et nos souvenirs, à l'aube, s'enfuient...
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<br /> Vous voilà poète! Une phrase qui pourrait conclure joliment mon texte...<br /> <br /> <br />
:
Quelle projection dans le futur !!!!!<br /> Bravo j'ai adoré lire ce texte !<br /> Bon dimanche<br /> TRINITY
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<br /> Merci pour ton enthousiasme Trinity!<br /> <br /> <br />
L
Oups, je pleure sur mon clavier ... quelle belle histoire que la nôtre, merci Cat et en 2050 je ne serai plus là pour aller faire la lecture à cette vieille amie dans sa Résidence -ce texte mérite une envolée de bisous
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<br /> <br /> Et que lui lis-tu en ce moment à cette vieille amie?<br /> <br /> <br /> <br />
N
Je dois dire que tu me fais monter les larmes aux yeux un dimanche matin à la lecture de cette évocation...
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<br /> Bon je sais, c'est facile de faire pleurer, plus que de faire rire, mais le mélo m'inspire plus...<br /> <br /> <br />