Guérir les mots blessés (24)

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LA PONCTUATION (suite)

 

 

C’est encore plus flagrant si nous lisons à haute voix ou si nous récitons pour ceux qui nous écoutent.

À l’école primaire, nous devions apprendre des poèmes par cœur.

Le maître nous jugeait et nous notait sur la mémorisation du texte, beaucoup moins sur la façon de réciter et le respect des intonations suggérées par l’auteur.

C’est la fin d’une ligne et le passage à la suivante qui tenait lieu de ponctuation.

Je n’ai pas le souvenir qu’un instituteur m’ait jamais détrompé sur cette façon erronée de scander le texte, à moins que ma mémoire soit infidèle…

Dans certains métiers ou activités d’expression orale faisant appel à la lecture ou à la récitation, le respect de la signalisation (la ponctuation) n’est pas suffisant mais c’est le point de départ indispensable à la restitution de l’esprit d’un texte, qu’il soit lu ou récité.

Beaucoup qui se sont lancés sans une solide formation en ont fait l’amère expérience.

Dans une soirée, l’amateur de poésie qui récite ses œuvres ou celles des plus grands poètes sans maîtriser les techniques de la déclamation voit, rapidement, ses auditeurs se désintéresser. Les moins respectueux reprenant leur conversation avec leur voisin.

Il en déduit que les gens ne comprennent rien à la poésie…

Le comédien amateur qui ne sait pas ‘’entrer’’ dans son personnage sort de scène sous les huées du public.

Le journaliste de radio qui ne sait pas donner l’impression qu’il improvise brillamment alors qu’il lit un texte est promptement placardisé comme son collègue de la télé qui ne parvient pas à faire oublier le prompteur.

L’enquêteur de sondage qui n’a pas appris à lire correctement son questionnaire est viré avant d’avoir pu le terminer.

C’est, malheureusement, le cas général dans ce difficile métier où la formation, quand elle existe, est notoirement insuffisante.

Une journée maximum d’explications données à des gens absolument pas réceptifs parce qu’on leur parle de situations qu’ils n’ont pas expérimentées.

Ceux qui se ‘’forment tout seuls’’ sont des exceptions rarissimes.

Je le répète : l’observation de la ponctuation ne fait pas tout mais c’est la base de l’appréciation d’un texte qu’il soit lu en silence ou à haute voix ou bien qu’il soit récité.

Nota bene : La répétition est un principe pour tout enseignement…

Dans mon article précédent, j’affirmais que son respect est indispensable à l’éveil de notre intérêt dans la lecture silencieuse.Jean-Pierre Silvestre

David Wilkie

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J-P Silvestre 16/10/2009 15:51



La mansardienne : Je me joins à vous pour confirmer l’attente du retour de Jean, avec impatience !


Litteratus


Votre conclusion m’enchante. C’est grâce à vous et à quelques autres que je persiste dans cette voie que j’espère ne pas être sans issue.


Jean-Yves


Martine


Lili
: Votre témoignage est une illustration de ce que je redoute ; difficile pour les maîtresses (et les maîtres) d’initier leurs jeunes élèves à la poésie puisque eux-même n’ont reçu aucune
formation dans ce domaine. : Coïncidence ? Je suis, justement, en train d’écrire un article sur Jean-Marc Tennberg! Je crois que son thème s’écarte de cette rubrique. Je le publierai sur mon blog
que, ces temps-ci, j’ai un peu délaissé… : Merci de ton appréciation. J’espère que tu ne me fais pas porter une trop lourde responsabilité !: Nos enseignants n’avaient reçu aucune formation à la
récitation intelligente et aujourd’hui ? Il semblerait que rien n’ait changé…


lili 15/10/2009 14:04


Sujet de conversation avec notre petite fille Louise - qui aura 8 ans fin décembre - dimanche dernier, une poésie à apprendre avec un "comme si on racontait une histoire a dit la maitresse" 
sa poésie était : Le corbeau et le Renard ... facile dit-elle, il faut parler fort au début de la phrase et descendre à la fin puis s'arrêter quand il y a un point, longtemps et moins
longtemps quand c'est une virgule, voilà, vous avez tout compris ....  c'est la maitresse qui l'a dit !
et vous quand pensez-vous ?



martine 15/10/2009 14:03


J'ai aimé, toute petite, la poésie et les histoires grâce à Jean-Marc Tennberg, et ça compte...


Jean-Yves 15/10/2009 13:04


Je suis enchanté de lire de tel article, qui pour moi sont des conseils en Or, puisque je débute dans le domaine de la lecture. Alors autant prendre un bon départ.
Merci Jean-Pierre.
Jean-Yves

PS : Pas évident de lire et de se concentrer, pour la petite histoire, ils sont entrain de refaire les toilettes juste à côté de mon bureau...


litteratus 15/10/2009 12:10


Je me suis revue aussi à l'école à réciter des poésies : il me semble que respecter un temps de silence, faire une pause équivalait à une hésitation, c'est à dire à des points enlevés ! voilà
comment des textes ont été massacrés !

Oserai-je faire l'apologie de la lecture à haute voix pour les enfants et pour les plus grands ? allez, j'ose !

Enfin, la répétition est en effet la clé de tout enseignement, tout comme la liaisons ou correspondances entre les choses....

Ne guérissons pas tout de suite des mots blessés : c'est l'instant où on les soigne que je préfère. Un grand merci !