Guérir les mots blessés (23)

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Je vous soumets le premier de deux articles sur la ponctuation pouvant paraître dans "Guérir les mots blessés" puisque, quand nous écrivons des phrases, nous le faisons avec des mots et que ces mots nous devons les ponctuer.

Une fidèle lectrice m’a passé une commande : ’’Vous devriez écrire un article sur la virgule et le point-virgule’’

Une perspective qui n’a pas soulevé mon enthousiasme. Je ne voyais pas trop ce que je pouvais ajouter aux définitions de messieurs ROBERT et LAROUSSE !


Je les rappelle ici :

ROBERT :’’ VIRGULE nf. Signe de ponctuation (,) marquant une pause de peu de durée, qui s’emploie à l’intérieur de la phrase pour isoler des propositions ou des éléments de propositions’’ notez bien : ‘’marquant une pause’’.

LAROUSSE : ‘’POINT-VIRGULE nm (…) Signe de ponctuation (;) qui sépare deux membres de phrase indépendants l’un de l’autre grammaticalement mais entre lesquels il existe une liaison logique.


En y réfléchissant, j’ai quand même trouvé quelques commentaires personnels :

La virgule est d’un emploi très rare sur le Net, quant au point-virgule, il a purement et simplement disparu, remplacé soit par le point, soit par la virgule mais qui ne sont jamais juxtaposés.

La disparition progressive de la ponctuation est due à un phénomène d’identification de l’écriture avec la lecture.

La plupart des gens écrivent comme ils lisent, d’une façon linéaire, sans marquer de temps entre les membres de phrases, comme la ponctuation nous le suggère.

Cette pratique rend fastidieuse la lecture du texte le plus intéressant, le mieux écrit.

Pour éviter la fatigue, il faut lire pour soi comme on le ferait à haute voix, en marquant les temps et en imaginant les intonations; ce qui est facilité par la ponctuation quand elle est suffisante.

C’est en utilisant cette méthode que nous pouvons nous intéresser à ce que nous lisons.

Quand nous écrivons, ne craignons pas de ponctuer notre texte sans oublier, toutefois, la règle suivante : jamais de virgule avant une conjonction de coordination.

Mais quelles sont ces fameuses conjonctions ?

Vous vous rappelez sûrement la phrase mnémotechnique que nous avons tous apprise à l‘école primaire ‘’Mais où est donc Ornicar ?’’ qu’il faut écrire ‘’Mais ou (sans accent sur le u) et donc or ni car.

Le génial concepteur de cette formule y a rassemblé la totalité des conjonctions de coordinations, donc - pardon, j’ai commis la faute ! - pas de virgule avant donc; il nous suffit d’évoquer cette phrase chaque fois que nous hésitons sur l’emploi ou non de la virgule mais - je n’ai pas commis la faute. Youpi ! - pourquoi cette règle exclusive ?

Pour pouvoir répondre, il faudrait remonter aux origines de la grammaire… elles sont multiples et s’étendent sur un certain nombre de siècles !

Plus simplement, nous pouvons considérer que chacun de ces mots marque, en lui-même, un temps qu’il est inutile de renforcer par une virgule.

Toujours quand nous écrivons, une astuce : passer à la ligne chaque fois que c’est possible. Ça oblige le lecteur à marquer un temps, ce qui lui permet de mieux assimiler ce qu’il vient de lire.

Vous êtes encore là ? Bravo !  Si, si ! A suivre. JEAN PIERRE SILVESTRE

 

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jeanne 20/10/2009 10:01


Merci, Jean-Pierre, pour les explications de la virgule et du point virgule.


J-P Silvestre 15/10/2009 18:36


Certaines obligations m'ont empêché de répondre au commentaire de Richard aussitôt après sa publication.
Je crains que ma réponse passe inaperçue à moins de l'actualiser en la postant après le deuxième article... Enfin faites-en ce que vous voudrez. D'avance merci.


Très heureux de vous retrouver dans cette rubrique en espérant vous y revoir bientôt.


Je me rends à vos arguments sans renoncer, toutefois, à mener un combat d’arrière-garde.


- A l’époque ou Corneille écrivait - au 17ème siècle - l’orthographe n’était pas fixée, qu’en était-il de la ponctuation ?


- Disposons-nous des manuscrits de cet auteur ?


- Les virgules avant chaque ‘’et’’ n’ont-elles pas été ajoutées par l’un de ses éditeurs successifs ?


- Beaucoup de littérateurs prennent des libertés. Quand ce sont de grands écrivains, elles constituent un apport à notre langue et contribuent à son évolution. S’il s’agit d’écrivaillons, et dans
les mêmes circonstances, ils sont réputés commettre des fautes.


- Enfin, et pour aller dans votre sens, j’ai constaté la présence de virgules devant ‘’mais’’ dans certains ouvrages scolaires…


Alors, qui faut-il croire ? Notre bon sens serait-il une réponse valable ?



Acanthe 14/10/2009 15:47


Bonjour,

D'abord concernant le point-virgule. Je ne l'utilise jamais parce qu'il m'apparaît comme un compromis. Soit on finit sa phrase, soit on la continue. L'indécission du point-virgule me déplaît.
Pource qui est du rest de l'article : j'adhère !

J'ai trouvé ce blog parce que j'ai créé ce matin une communauté dont le but est de regrouper des articles qui présentent un ou plusieurs mots, francais ou étranger(s).
Voici le lien si l'idée vous intéresse (comme lecteur ou auteur) : http://www.over-blog.com/com-1122439590/Un_jour_un_mot.html

Bonne journée,
Acanthe


14/10/2009 16:49


Merci Acanthe je ne manquerai pas d'aller voir votre blog et d'inscrire éventuellement celui-ci dans votre communauté.
Pour ce qui est du point virgule je trouve qu'il contribue à la subtilité et à la richesse de la langue française...La mansardienne


Richard LEJEUNE 14/10/2009 09:12


Bonjour Cat, bonjour à tous,

Me permettez-vous d'apporter ma modeste pierre d'angle à l'édifice qu'ici construit notre ami Jean-Pierre ?
Si non, Cat, il vous suffira d'effacer ce mien commentaire : je n'en serai point marri !

Bravo, cher Jean-Pierre, de continuer à porter, seul, le flambeau de cette excellente rubrique que Cat initia jadis.

M'autorisez-vous, ici, de ne pas être aussi catégorique que vous pour ce qui concerne plus une convention parfois admise qu'une véritable règle incontournable : "l'interdiction" de la virgule
devant une conjonction de coordination.

Sauf à penser que les auteurs classiques ne manient pas notre belle langue avec toute la dextérité qu'elle mérite, vous ne pouvez ignorer, entre autres, cet extrait, chez
Corneille, qui contredit votre propos (Horace, Acte II, Scène 6) : 

Brisez votre alliance, et rompez-en la chaîne ;
Et puisque votre honneur veut des effets de haine,
Achetez par ma mort le droit de vous haïr :
Albe le veut, et Rome ; il faut leur obéir.
Qu'un de vous deux me tue, et que l'autre me venge :
Alors votre combat n'aura plus rien d'étrange ;
Et du moins l'un des deux sera juste agresseur,
Ou pour venger sa femme, ou pour venger sa soeur.
Mais quoi ? Vous souilleriez une gloire si belle,
Si vous vous animiez par quelque autre querelle :
Le zèle du pays vous défend de tels soins ;
Vous feriez peu pour lui si vous vous étiez moins :
Il lui faut, et sans haine, immoler un beau-frère.
Ne différez donc plus ce que vous devez faire :
Commencez par sa soeur à répandre son sang,
Commencez par sa femme à lui percer le flanc,
Commencez par Sabine à faire de vos vies
Un digne sacrifice à vos chères patries :
Vous êtes ennemis en ce combat fameux,
Vous d'Albe, vous de Rome, et moi de toutes deux. 
Je puis vous assurer, Jean-Pierre, - mais ne veux point alourdir ici mon intervention par une multitude d'exemples -, que maints autres littérateurs usent ainsi de virgule avant "mais ou
et donc or ni car" ...

Bien à vous,

Richard  


J-P Silvestre 13/10/2009 19:02


Merci à toutes et à Jean-Yves. Une mention à Lili qui a rappelé une règle importante, concernant le point-virgule et que j'avais omise. Je crois qu'elle est enseignée dans les écoles de
dactylographie mais à l'école primaire ? J'en doute...